Pendant la construction d’une centrale photovoltaïque, les dommages au chantier lui-même relèvent d’une assurance tous risques chantier montage-essais (TRC ou TRME), souscrite en principe par le maître d’ouvrage pour tous les intervenants. Elle prend le relais du transport, couvre le montage puis les essais, et s’arrête à la réception, éventuellement prolongée par une période de maintenance. Les retards, eux, ne sont indemnisés que si une extension de pertes de recettes anticipées a été négociée, et seulement lorsqu’ils découlent d’un dommage garanti.
Aucun texte n’impose cette assurance à un projet photovoltaïque. Elle est pourtant souvent exigée par les prêteurs et les contrats de construction, parce que le contrat d’exploitation qui suivra ne couvre généralement pas une installation non réceptionnée. Le vrai sujet n’est donc pas « faut-il une TRC ? », mais « où s’arrête-t-elle, où commence le contrat suivant, et qui porte le retard entre les deux ? ».
De la livraison des modules à la fin de la maintenance : qui couvre quoi
Prenons un projet pédagogique : une centrale de 2 MWc sur un terrain industriel, construite par un ensemblier (EPC, pour engineering, procurement and construction, c’est-à-dire l’entreprise qui conçoit, achète et construit clé en main) pour le compte d’une société de projet. Le chantier traverse cinq phases, et la question de l’assurance change à chacune.
- Acheminement des modules, onduleurs et structures. Un camion se renverse, une palette de modules arrive fissurée. Selon les contrats, c’est l’assurance transport du vendeur, celle de l’acheteur ou une extension de la TRC qui joue. Le formulaire TRC-ME d’Albingia propose par exemple une option « transport grande vitesse heures supplémentaires » ; selon la pratique de marché, ce type d’extension vise les frais accélérés engagés pour réparer un dommage garanti, pas le transport initial : son contenu exact se lit dans le contrat. L’incoterm du contrat d’achat dit qui supporte le risque à chaque étape.
- Génie civil et montage. Pieux battus, tables, câblage, poste de livraison. C’est le cœur de la TRC : vol de câbles sur le chantier, orage qui couche des structures non serrées, incendie d’un conteneur de stockage, erreur de montage qui endommage des modules.
- Essais. Mise sous tension partielle, essais « à froid » puis « à chaud », réglages. Un défaut d’isolement peut détruire un onduleur à la première injection. Cette phase doit être nommée au contrat : le formulaire Albingia demande d’ailleurs séparément les dates de début des essais à froid et à chaud.
- Réception. L’acte par lequel le maître d’ouvrage accepte l’ouvrage, avec ou sans réserves, au sens de l’article 1792-6 du Code civil. C’est en principe la fin de la TRC et le point de départ des garanties des constructeurs.
- Période de maintenance. Des retouches et levées de réserves continuent après la réception. Certaines TRC couvrent, pendant une durée convenue, les dommages causés par les entreprises lors de ces interventions, voire ceux qui trouvent leur origine dans le chantier. L’IPID TRC Montage-Essais d’Albingia mentionne ainsi une période de maintenance de 12 mois après la réception.
Le passage de relais le plus délicat est celui entre l’étape 3 et l’exploitation. L’IPID Bris de machine – Installations photovoltaïques d’Helvetia (novembre 2025) exclut les « dommages subis par les installations et équipements non réceptionnés ». L’IPID de l’offre Photovoltaïques d’AXA France IARD (avril 2023) écarte de son côté les dommages résultant des essais autres que les vérifications habituelles. Ce sont des résumés, pas les conditions générales, mais ils illustrent une logique de marché : le contrat d’exploitation n’est pas conçu pour absorber le chantier. Si la TRC s’arrête trop tôt, ou si l’exploitation commence trop tard, il existe un trou.
Ce qu’une TRC montage-essais couvre, et ce qu’elle laisse aux autres contrats
L’IPID Tous Risques Chantiers – Montage Essais d’Albingia (réf. IPID-RT-TRC 21-2) donne une bonne image de l’architecture habituelle, sous réserve des conditions générales et particulières :
- Dommages à l’ouvrage en cours de travaux, en tous risques, y compris les frais de déblais, de retirement et de sauvetage ;
- Responsabilité civile du maître d’ouvrage pour les dommages causés aux tiers du fait du chantier ;
- Dommages aux existants, c’est-à-dire aux biens déjà présents sur le site : précieux lorsque la centrale est construite sur une toiture ou à côté d’un bâtiment en activité ;
- Période de maintenance après réception.
Le même document indique ce qui n’est pas assuré : la responsabilité civile et la responsabilité décennale des entreprises de travaux. La TRC protège l’ouvrage et le maître d’ouvrage ; elle ne remplace ni la RC de l’installateur, ni sa décennale lorsqu’elle s’applique. Les exclusions générales citées (fait intentionnel, causes connues avant la souscription, guerre, nucléaire, épidémie, erreur ou malveillance informatique) se retrouvent dans la plupart des IPID de risques techniques de ce porteur.
Trois points méritent une lecture attentive des conditions, parce qu’ils déterminent l’indemnisation réelle :
- Le défaut lui-même. Si un module défectueux casse, la TRC paie-t-elle le seul dommage consécutif, ou aussi la pièce défectueuse ? Sur les grands projets, ce point est souvent réglé par des clauses de place dites LEG ; sur les petits, par une formulation propre à l’assureur. C’est à faire préciser par écrit.
- Le vol. Un chantier au sol avec des tourets de câble cuivre est exposé. L’assureur peut conditionner la garantie à une clôture, à un gardiennage ou à un stockage fermé, et le délai de déclaration en cas de vol est court : deux jours dans l’IPID Albingia, avec dépôt de plainte.
- Les franchises par événement. Une tempête qui touche cinquante tables peut être un seul événement ou plusieurs, selon la définition du contrat.
Le retard : une extension distincte, et une conséquence réglementaire concrète
Un incendie de poste de livraison deux semaines avant la mise en service ne coûte pas seulement un transformateur. Il décale l’injection, donc les premières recettes. Cette perte n’est pas couverte par la garantie de dommages de la TRC. Elle relève d’une extension que le marché appelle « pertes de recettes anticipées » ou ALOP (advance loss of profits, aussi nommée DSU, delay in start-up) : elle indemnise la marge ou les recettes perdues pendant le retard de mise en service causé par un dommage garanti au chantier.
Ce n’est pas une garantie standard. Le formulaire de déclaration TRC-ME d’Albingia (version 07.2023) ne la propose pas parmi ses options, qui portent sur le transport accéléré, les existants, la maintenance et la RC du maître d’ouvrage. Sur le marché, elle est surtout demandée en financement de projet, où le prêteur veut que le service de la dette reste assuré malgré un sinistre de chantier. Il s’agit d’une pratique de marché, pas d’une obligation.
Le retard peut aussi avoir une conséquence réglementaire. Notre centrale au sol de 2 MWc n’est pas concernée par le guichet ouvert, mais une installation sur bâtiment, hangar ou ombrière relevant de l’arrêté tarifaire « S21 » l’est : l’arrêté du 1er juin 2026 qui le modifie fixe un délai d’achèvement de 24 mois à compter de la demande complète de contrat déposée par le producteur, ou de 2 mois après la fin des travaux de raccordement si cette date est plus tardive, et un dépassement réduit d’autant la durée du contrat d’achat de 20 ans. Les lauréats d’appels d’offres ont leurs propres délais, fixés par leur cahier des charges. Un mois perdu sur le chantier peut ainsi devenir un mois de contrat en moins à l’autre bout. L’ALOP ne couvre pas cette réduction en tant que telle ; elle peut seulement, si elle est souscrite, compenser les recettes décalées à hauteur de la période d’indemnisation convenue.
Les paramètres qui font la valeur d’une extension de retard
- La franchise en jours : les premiers jours de retard restent à la charge du maître d’ouvrage.
- La période maximale d’indemnisation : elle doit correspondre au délai réaliste de remplacement des équipements longs à obtenir, comme un transformateur.
- La base : recettes au tarif d’achat, au complément de rémunération ou au prix d’un contrat d’achat direct (PPA, power purchase agreement), avec les charges économisées déduites ou non.
- Le planning de référence : le retard se mesure par rapport à une date prévisionnelle déclarée. Un planning irréaliste au départ fragilise la discussion après sinistre.
Le mécanisme de calcul des pertes de recettes est détaillé dans notre guide sur le calcul de la perte de recettes photovoltaïque.
Qui doit la souscrire : maître d’ouvrage, EPC ou installateur ?
| Montage du projet | Pratique la plus fréquente |
|---|---|
| Société de projet financée par un prêteur | TRC souscrite par le maître d’ouvrage pour compte commun de tous les intervenants, avec le prêteur désigné comme bénéficiaire ou assuré additionnel selon la documentation de crédit. |
| Contrat clé en main avec un EPC | L’EPC peut souscrire la TRC et la refacturer. Le maître d’ouvrage doit alors vérifier qu’il est assuré, et pas seulement l’entreprise. |
| Industriel qui équipe sa propre toiture | TRC du maître d’ouvrage, avec une attention particulière aux existants (bâtiment, stock, process en activité sous la toiture). |
| Petite installation posée par un installateur | Souvent pas de TRC distincte : la RC de l’installateur et ses garanties en cours de travaux jouent selon leur contenu. À vérifier avant le chantier. |
Un contrat « pour compte commun » évite qu’après un sinistre chaque entreprise renvoie la faute à l’autre pendant que le chantier s’arrête. En contrepartie, il faut que les entreprises renoncent à faire jouer leurs propres polices pour le même dommage, ou que l’articulation soit claire. Les marchés de travaux prévoient souvent qui souscrit, qui paie la prime et qui supporte la franchise : ces clauses se négocient avant la signature, pas après le premier orage.
Pour la question plus générale de l’utilité d’une TRC hors photovoltaïque, voir notre article sur le caractère indispensable de l’assurance tous risques chantier.
Le dossier que l’assureur TRC voudra voir
Le formulaire TRC-ME d’Albingia donne une liste concrète des informations attendues ; les autres porteurs demandent des éléments proches.
- l’identité du maître d’ouvrage (propriétaire de l’ouvrage au démarrage) et le fait qu’il participe ou non aux travaux ;
- l’environnement du terrain : exposition aux événements naturels, présence d’eau dans le sol, proximité d’un cours d’eau, altitude, étude de sol ;
- la nature des travaux : neufs, sur existants, avec ou sans diagnostic, technique courante ou non ;
- les missions de maîtrise d’œuvre et de contrôle technique ;
- pour le matériel : caractéristiques des principaux équipements, fabricants, matériel neuf ou usagé, valeur des plus gros équipements ;
- le coût total décomposé (travaux, études, transport, process) et le planning : début des travaux, essais à froid, essais à chaud, réception prévisionnelle, durée de maintenance souhaitée.
Pour une centrale photovoltaïque, ajoutez ce qui manque souvent : le plan d’implantation, les fiches techniques des modules et onduleurs, la description de la sécurisation du chantier contre le vol, et le contrat de construction avec ses clauses d’assurance. Si le prêteur a une liste d’exigences (montants, bénéficiaires, extension de retard), transmettez-la dès la première demande : elle conditionne le choix des porteurs consultés.
Préparer la bascule vers le contrat d’exploitation
La fin de chantier se prépare comme un passage de témoin. Quelques semaines avant la réception, vérifiez :
- que la date d’effet du contrat d’exploitation est alignée sur la date de réception effective, et non sur une date prévisionnelle qui a glissé ;
- que les réserves de réception sont listées et que l’assureur d’exploitation en a connaissance, puisque les IPID d’Albingia et d’Helvetia cités excluent les dommages issus de causes ou de défauts connus de l’assuré ;
- que la période de maintenance de la TRC couvre bien les interventions de levée de réserves ;
- que les recours contre les fabricants et l’EPC ne sont pas abandonnés dans les contrats, car l’assureur qui indemnise doit pouvoir se retourner contre le responsable.
Les garanties d’exploitation qui prennent ensuite le relais (dommages, pertes de recettes, responsabilité civile) sont présentées sur notre page consacrée à l’assurance des centrales photovoltaïques en exploitation. Pour une centrale au sol en particulier, notre guide sur les garanties d’une centrale au sol, du chantier à l’exploitation complète cette frise.
Comment MENELAS prépare une demande de TRC photovoltaïque
Notre travail consiste à reconstituer la frise du projet avant de consulter : qui est propriétaire à quelle date, qui transporte, quand commencent les essais, quand l’exploitation doit prendre le relais, et ce que le contrat de construction et la documentation de financement imposent. Nous présentons ensuite ce dossier aux porteurs susceptibles de l’étudier et comparons les propositions sur leur périmètre réel (essais, existants, maintenance, extension de retard), pas seulement sur la prime. Aucune acceptation ni aucun tarif ne peut être annoncé avant cette étude.
Votre chantier démarre dans quelques mois ? Transmettez votre planning, le contrat de construction et les exigences de votre prêteur à MENELAS : nous vérifierons où se situent les risques de trou entre la phase chantier et l’exploitation.
Guide pour les installations situées en France, vérifié le 11 octobre 2026. Les exemples sont pédagogiques et les documents d’assureurs cités sont des résumés précontractuels. Les garanties applicables dépendent des conditions du contrat et de l’étude de l’assureur.







