Quand un onduleur photovoltaïque tombe en panne, celui qui paie dépend de la cause, pas de l’appareil. Une défaillance interne sur un onduleur récent relève d’abord de la garantie du fabricant. Un onduleur détruit par la foudre, une surtension, un incendie ou un dégât des eaux relève de l’assurance dommages de la centrale, si elle couvre ces événements. Une panne due à l’usure ou à un défaut d’entretien reste en général à la charge du producteur.
Entre les deux, le « bris de machine » couvre les dommages accidentels internes d’un équipement : composant qui claque, court-circuit, échauffement. Il n’est utile que si le contrat le prévoit, si l’onduleur figure parmi les biens assurés et si l’exclusion d’usure n’absorbe pas le sinistre. Avant de déclarer, il faut donc établir la cause du dommage, les dates, l’âge de l’appareil et la perte de production. Le tri se fait sur ces quatre points.
Les quatre questions à poser le jour de la panne
Le monitoring signale un défaut, la production d’une chaîne tombe à zéro ou l’onduleur affiche un code d’erreur. Avant d’appeler l’assureur ou le fabricant, posez ces questions dans l’ordre. Elles orientent le dossier vers le bon payeur.
- Y a-t-il un événement extérieur identifiable ? Orage la veille, coupure réseau, inondation du local technique, choc, trace de brûlure sur les câbles. Si oui, l’assurance dommages de la centrale est le premier interlocuteur.
- L’appareil est-il encore sous garantie du fabricant ? Retrouvez la facture, la date de mise en service et les conditions de garantie. Une éventuelle extension souscrite à l’achat compte aussi.
- Le dommage est-il matériel ou seulement fonctionnel ? Un onduleur qui se met en sécurité après un mauvais paramétrage n’a pas forcément subi de dommage matériel. Un onduleur dont une carte de puissance a brûlé en a subi un.
- Que dit le carnet de maintenance ? Les dernières interventions, le nettoyage des ventilations et les mises à jour éventuelles serviront à écarter l’argument du défaut d’entretien.
Ces réponses ne décident pas à la place de l’expert. Elles évitent de déclarer à l’aveugle, ou de laisser passer le délai de déclaration en attendant un retour du fabricant.
Cause de la panne et payeur probable
Le tableau ci-dessous classe des situations fréquentes. Il décrit une logique générale, pas le contenu de votre contrat : chaque ligne doit être vérifiée dans vos conditions générales et particulières.
| Situation | Piste de prise en charge à vérifier |
|---|---|
| Défaillance interne d’un onduleur de deux ans, sans événement extérieur | Garantie du fabricant d’abord ; bris de machine si le contrat l’inclut et si le fabricant refuse ou fait défaut |
| Onduleur détruit après un orage, avec surtension constatée | Assurance dommages de la centrale (dommages électriques, foudre) ; le fabricant n’a pas à garantir un dommage d’origine externe |
| Local technique inondé ou incendié | Assurance dommages (dégât des eaux, incendie, inondation selon le contrat ou régime des catastrophes naturelles) |
| Onduleur de douze ans qui s’arrête sans cause accidentelle identifiée | Souvent l’usure, exclue en général : remplacement à la charge du producteur |
| Arrêt après une mauvaise intervention du mainteneur | Responsabilité du mainteneur et son assurance ; votre assureur dommages peut indemniser puis exercer un recours |
| Défaut de série touchant plusieurs appareils | Fabricant et, selon le cas, action en garantie des vices cachés ; l’assureur dommages examinera aussi son recours |
La garantie du fabricant : la première porte, pas toujours la bonne
La garantie commerciale du fabricant porte en règle générale sur le remplacement ou la réparation de l’appareil défectueux. Sa durée et ses conditions varient selon les marques et les gammes, et des extensions payantes existent souvent. Elle couvre rarement trois choses qui pèsent dans le coût d’un sinistre.
- La main-d’œuvre et le déplacement : selon les conditions, le fabricant fournit l’appareil de remplacement sans prendre en charge la dépose, la repose ni la mise en service.
- La production perdue : le temps d’attente de la pièce n’est pas indemnisé par une garantie matérielle.
- Les dommages d’origine externe : foudre, surtension réseau, eau, chocs sortent de la logique d’une garantie de fabrication.
Si le fabricant a disparu ou refuse, le droit commun de la vente reste mobilisable. L’acheteur d’un bien affecté d’un défaut caché peut agir dans un délai de deux ans à compter de la découverte du vice, selon l’article 1648 du Code civil. Encore faut-il identifier le vendeur, garder les preuves de la date de découverte et conserver l’appareil défectueux. Ne le laissez pas partir à la déchetterie avec l’installateur avant que l’expert ou le fabricant l’ait examiné.
Ce que recouvre vraiment le « bris de machine »
Le bris de machine est une assurance de dommages matériels accidentels subis par des équipements. Pour une centrale, il peut prendre la forme d’un contrat dédié aux installations photovoltaïques ou d’une garantie dans un contrat « tous risques ». Les documents publics des assureurs montrent que l’onduleur entre dans le périmètre, mais avec des limites qu’il faut lire.
Ce que disent trois documents d’information
Un IPID (document d’information sur le produit d’assurance) résume un contrat. Il ne remplace ni les conditions générales ni les conditions particulières, mais il donne la logique du produit.
- Helvetia, Bris de machine – Installations photovoltaïques (IPID de novembre 2025) : il garantit les dommages matériels accidentels des installations et de leurs matériels annexes. Il exclut l’usure normale, l’oxydation et la corrosion, le défaut d’entretien, les dysfonctionnements et défauts de réglage sans dommage matériel, ainsi que les pièces d’usure et les batteries. Il ne couvre pas une installation sans contrat de maintenance. Les pertes d’exploitation y sont optionnelles. Le questionnaire Risques techniques – Installations photovoltaïques d’Helvetia (janvier 2026) demande s’il existe des onduleurs de plus de huit ans.
- AXA France IARD, Offre Photovoltaïques (IPID de référence 972812, avril 2023) : les onduleurs figurent parmi les biens assurés, avec les défauts de conception ou de fabrication parmi les événements couverts. L’IPID exclut les pièces à remplacement périodique lorsque le sinistre se limite à elles, les défauts de réglage, et surtout « les pertes de recettes et frais annexes résultant de pannes des biens assurés ».
- Albingia, Bris de machines fixes (IPID-RT-BM-21-2) : le produit vise le bris interne, les dommages d’origine externe et, après un dommage, la perte d’exploitation et les frais supplémentaires. Albingia propose aussi un contrat Tous Risques Photovoltaïque dédié aux centrales.
Ces exemples ne disent pas qu’un onduleur en panne sera indemnisé par l’un de ces assureurs. Ils montrent où se jouent les refus : usure, entretien, absence de dommage matériel, et perte de production après une simple panne.
Panne ou bris : la frontière qui coûte cher
Le vocabulaire courant confond les deux. Pour un assureur, une « panne » peut désigner un arrêt sans dommage matériel accidentel. Le « bris » suppose une détérioration soudaine et constatable. Un même onduleur arrêté peut tomber d’un côté ou de l’autre selon le rapport du technicien : « carte de puissance détruite par un court-circuit » n’appelle pas la même réponse que « appareil hors service, fin de vie ».
D’où l’importance du rapport d’intervention. Demandez au mainteneur de décrire ce qu’il constate, pas ce qu’il suppose : composant atteint, traces de brûlure, relevés du monitoring, conditions météo, état de la ventilation. Conservez les journaux d’événements de l’onduleur avant toute réinitialisation.
Foudre et surtension : la garantie dommages électriques
Un onduleur est sensible aux surtensions, qu’elles viennent d’un coup de foudre à proximité ou d’une perturbation sur le réseau. La garantie qui joue alors porte souvent le nom de « dommages électriques » ou s’intègre aux événements couverts d’un contrat tous risques. Elle peut comporter une franchise spécifique ou un plafond propre.
La preuve compte. Un relevé de foudroiement, les données du monitoring à l’heure de l’orage et la présence ou non de parafoudres aideront l’expert. L’IPID AXA cité plus haut mentionne d’ailleurs le parafoudre parmi les biens assurés : c’est un équipement que les assureurs regardent dans un dossier de souscription.
L’âge de l’onduleur, sujet de souscription et de sinistre
Un onduleur a une durée de vie plus courte que les modules. Photovoltaique.info, le centre de ressources animé par Hespul, indique que les plans d’affaires prévoient souvent un renouvellement tous les dix ans. La page, mise à jour le 11 février 2025, cite une étude de la Haute école spécialisée bernoise (2022) sur 2 121 onduleurs. Plus de 75 % d’entre eux n’avaient connu aucune défaillance après dix ans, et 65,7 % après quinze ans. Les appareils placés en intérieur présentaient environ deux fois moins de défaillances.
Pour l’assurance, ces chiffres ont deux conséquences. À la souscription, l’âge des onduleurs fait partie des questions posées et peut peser sur les conditions. Au sinistre, un appareil ancien expose davantage à l’exclusion d’usure et à l’application d’une vétusté, si le contrat en prévoit une. Budgétiser le remplacement préventif reste une décision de gestion : l’assurance n’a pas vocation à financer le renouvellement normal du parc.
La production perdue : faire le calcul avant le sinistre
Le coût d’un onduleur se lit sur une facture. Celui de l’attente est moins visible. Il dépend de la part de la centrale à l’arrêt, de la durée d’immobilisation et du prix auquel l’électricité est vendue.
Prenons une toiture de 1 MWc, une hypothèse de production de 1 100 kWh par kWc et par an, et un prix de 82,98 €/MWh. Ce prix est le prix moyen pondéré des dossiers que la CRE a proposé de retenir à la 12e période de l’appel d’offres « bâtiments, serres agrivoltaïques et ombrières de plus de 500 kWc », selon la délibération de la CRE n° 2026-120 du 11 juin 2026. Il sert ici d’ordre de grandeur et ne correspond pas forcément à votre contrat. Le calcul suivant est de l’arithmétique, pas une indemnité :
- production annuelle : 1 000 kWc × 1 100 kWh = 1 100 MWh, soit environ 3 MWh par jour en moyenne annuelle ;
- un onduleur de chaîne sur dix à l’arrêt pendant 42 jours : 10 % × 3 MWh × 42 jours ≈ 12,7 MWh, soit environ 1 050 € de recettes manquées ;
- un onduleur central unique à l’arrêt pendant 42 jours : 3 MWh × 42 jours ≈ 127 MWh, soit environ 10 500 €.
La moyenne lisse les saisons : une panne en juin coûte plus qu’en décembre. L’architecture électrique change aussi l’enjeu. Avec plusieurs onduleurs, une panne isolée reste souvent sous la franchise d’une garantie de pertes de recettes. Avec un onduleur central, elle peut justifier cette garantie, à condition qu’elle joue après un bris de machine et pas seulement après un incendie. Le délai de livraison de la pièce, et l’existence d’un stock chez le mainteneur, pèsent autant que la franchise. Notre guide sur le calcul de la perte de recettes photovoltaïque détaille la méthode selon le mode de vente.
Le dossier qui accélère la décision
Une fois la cause probable identifiée, déclarez sans attendre la réponse du fabricant. Les IPID consultés fixent des délais courts, par exemple cinq jours après la connaissance du sinistre chez Albingia et cinq jours ouvrés chez Helvetia. Votre contrat peut prévoir d’autres délais. Réunissez ensuite :
- la facture d’achat et la date de mise en service de l’onduleur, avec son numéro de série ;
- les conditions de garantie du fabricant et l’éventuelle extension ;
- le rapport d’intervention du technicien, avec photos et journaux d’événements ;
- les courbes de production avant et après l’arrêt, issues du monitoring ;
- le contrat de maintenance et le dernier compte rendu de visite ;
- le devis de remplacement, avec le délai de livraison annoncé ;
- pour un orage, tout élément sur la date et l’heure de l’événement.
Le guide déclarer un sinistre sur une installation photovoltaïque reprend la chronologie complète, de la mesure conservatoire à l’expertise.
Relire son contrat avant la prochaine panne
La meilleure période pour vérifier la couverture de l’onduleur, c’est avant qu’il lâche. Cherchez dans vos documents :
- si les onduleurs sont désignés parmi les biens assurés, avec une valeur de remplacement à jour ;
- si le bris interne est couvert, ou seulement les événements extérieurs ;
- la rédaction des exclusions d’usure, d’entretien et de défaut de réglage ;
- la franchise applicable aux dommages électriques ;
- si la garantie de pertes de recettes s’applique après une panne ou un bris, ou seulement après certains événements ;
- les obligations de maintenance posées comme condition de garantie.
Si vous avez déjà un contrat bris de machine pour d’autres équipements, notre article sur l’assurance bris de machine des équipements professionnels rappelle son fonctionnement général.
MENELAS peut relire vos conditions et la description de votre centrale pour repérer ces points, puis présenter le dossier à des assureurs qui étudient les installations photovoltaïques. Ce travail ne garantit ni l’acceptation ni le niveau de prime : il permet de comparer des propositions sur un même périmètre. Transmettez la description de votre centrale et vos contrats actuels à MENELAS pour en faire examiner la couverture.
Guide pour les installations photovoltaïques situées en France, vérifié le 11 octobre 2026. Le tableau et le calcul de production sont des illustrations. La prise en charge d’un onduleur dépend de la cause du dommage, des garanties souscrites, des exclusions du contrat et de l’expertise.







