Un projet réalisé en collaboration peut figurer dans un portfolio si sa présentation décrit fidèlement votre contribution et si vous disposez des droits et accords nécessaires pour les documents et images publiés. Participer au chantier, concevoir l’intérieur et posséder une photo sont trois situations différentes. Le crédit du photographe, l’attribution des concepteurs et les informations concernant le client doivent être examinés séparément.
Pour un architecte d’intérieur salarié, sous-traitant ou membre d’une équipe, un bon portfolio montre la compétence sans s’approprier l’ensemble du travail. Il permet au futur client de comprendre ce que le professionnel a effectivement fait. Ce guide concerne la France ; ses sources ont été consultées le 6 octobre 2026. Les exemples de légendes sont fictifs et doivent être adaptés aux accords du projet.
Dire votre rôle avant de montrer le résultat
Une photographie d’un espace achevé présente plusieurs contributions dans une seule image : bâtiment, aménagement, études techniques, fabrication, exécution et prise de vue. La légende « mon projet » laisse le lecteur supposer un périmètre qui peut être bien plus large que votre mission.
Décrire le rôle exact : étude d’agencement, conception de mobilier, choix des matériaux, production de documents dans une agence, assistance à la consultation ou direction de l’exécution. Si la mission était limitée à une phase, indiquer cette phase. Une référence de conception seule reste intéressante sans lui ajouter un suivi de chantier qui n’a pas eu lieu.
Une communication commerciale trompeuse peut porter sur des caractéristiques de la prestation ou sur les qualités du professionnel. Un portfolio destiné à obtenir des clients doit donc rester fidèle à ce qui est annoncé et démontrable. Source : Code de la consommation, article L.121-2.
La formulation peut être courte : « Aménagement intérieur : conception des espaces et du mobilier par notre studio ; projet réalisé avec l’agence chargée du bâtiment ; suivi des travaux assuré par celle-ci. » Ce texte dit davantage sur la compétence du studio qu’une attribution globale impossible à vérifier.
Un portfolio mobilise plusieurs droits, pas une autorisation unique
Le Code de la propriété intellectuelle mentionne notamment les œuvres d’architecture, les photographies, les dessins et les plans parmi les œuvres susceptibles de protection. Celle-ci demande une analyse de l’œuvre, en particulier de son originalité : toute photographie de chantier ou tout trait de plan n’est pas automatiquement une œuvre protégée. Source : article L.112-2. Voir aussi : guide de l’APIE sur le droit d’auteur et l’image à l’ère numérique.
Pour une image d’un intérieur conçu par plusieurs personnes, les questions peuvent donc se cumuler : droit de publier la photographie, droit de reproduire une œuvre visible, droit d’utiliser les plans ou rendus, respect du nom des auteurs, accords contractuels et vie privée. Le client ne possède pas nécessairement tous ces droits et le photographe ne peut pas nécessairement les autoriser tous.
| Objet publié | Vérification à effectuer |
|---|---|
| Photographie | Qui l’a créée, qui détient les droits d’exploitation et quelle utilisation a été autorisée ? |
| Aménagement ou œuvre représentée | Quels auteurs et ayants droit sont concernés, sous réserve de la protection effectivement applicable ? |
| Plan, image 3D ou dessin | Qui en est l’auteur, quels droits ont été transmis et les informations peuvent-elles être rendues publiques ? |
| Personne ou intérieur privé identifiable | Quelles autorisations, informations personnelles et limites de diffusion faut-il prendre en compte ? |
Cette grille aide à poser les questions. En cas de désaccord ou de montage complexe, il faut une analyse juridique des droits en présence ; un crédit ajouté au bas de page ne résout pas ce différend.
Créditer le photographe ne suffit pas à autoriser l’image
Le droit au respect du nom, de la qualité et de l’œuvre relève du droit moral de l’auteur. L’autorisation d’exploiter l’image constitue un autre sujet. Une mention « photo : … » peut respecter une exigence d’attribution sans fournir le droit de mettre la photographie sur votre site. Source : article L.121-1 du Code de la propriété intellectuelle.
La reproduction ou la représentation d’une œuvre sans le consentement de l’auteur ou des titulaires concernés est illicite en dehors des exceptions applicables. Télécharger la photo depuis le site d’une agence ou recevoir le fichier du client ne constitue pas une licence. Source : article L.122-4.
Lorsque vous commandez les photographies, faire préciser le périmètre : site du studio, réseaux sociaux, présentation imprimée, publicité éventuelle, durée, territoire, recadrages ou adaptations autorisés. Une publication organique et une campagne publicitaire ne doivent pas être confondues. La cession de droits exige notamment une délimitation de son étendue, sa destination, son lieu et sa durée. Source : article L.131-3.
Le paiement d’un reportage n’établit pas une cession illimitée. Conserver le contrat ou l’autorisation avec les fichiers publiés, puis vérifier qu’une réutilisation entre encore dans ce cadre. Si un crédit ou un lien est exigé, l’ajouter dans chaque support où la condition s’applique.
Travail en agence : préciser le contexte et les accords
La relation de travail ne règle pas à elle seule toutes les questions d’auteur. Le Code prévoit que le contrat de louage d’ouvrage ou de service n’écarte pas, par principe, les droits d’auteur, sous réserve des exceptions légales. La titularité, les cessions et les caractéristiques du travail doivent être examinées dans le cas concret. Source : article L.111-1 du Code de la propriété intellectuelle.
Avant d’utiliser une référence d’agence pour votre propre communication, examiner les documents applicables : contrat, clauses de confidentialité, autorisations sur les images et règles de présentation convenues. Ne pas retirer le nom de l’agence pour laisser croire que vous avez réalisé la commande en indépendant. Ne pas présenter non plus le client de l’agence comme votre client direct si cette relation n’a pas existé.
Dans son propre cadre professionnel, le CFAI prévoit que le salarié peut faire état de références acquises chez son employeur après obtention d’un certificat précisant sa contribution. Cette règle ne doit pas être transformée en loi générale applicable à toutes les agences ; elle donne une méthode documentaire utile. Source : Code des devoirs professionnels CFAI, article 26.
Une description adaptée peut être : « Projet réalisé au sein de l’agence A : participation à la conception du mobilier et production de documents d’aménagement ; architecte responsable du projet : B ; photographies : C. » Les noms sont ici fictifs. L’attribution finale doit correspondre aux contributions et aux accords effectifs.
La collaboration entre concepteurs doit rester lisible
Lorsque vous intervenez aux côtés d’un architecte ou d’un autre architecte d’intérieur, demander comment seront présentés le projet et les contributions. Le dossier public peut nommer les concepteurs tout en précisant votre phase et votre périmètre. Une mise en page qui attribue implicitement l’ensemble au studio peut contredire une petite note correcte en bas de page.
Les rôles décrits doivent également être cohérents avec les contrats et les documents du projet. Si l’architecte a élaboré le projet architectural du permis et que vous avez conçu l’aménagement, rendre cette collaboration visible. Notre article sur la répartition entre architecte et architecte d’intérieur explique les interfaces à organiser.
Respecter la qualité exacte annoncée par chaque personne. L’appellation d’architecte d’intérieur ne doit pas être raccourcie en « architecte » pour rendre les crédits plus élégants. Le guide sur les appellations et le titre d’architecte traite cette frontière.
Le propriétaire n’a pas un droit exclusif général sur l’image du bien
La Cour de cassation a jugé que le propriétaire d’une chose n’a pas un droit exclusif sur son image, mais peut s’opposer à son utilisation lorsqu’elle lui cause un trouble anormal. Il serait donc inexact de présenter l’accord du propriétaire comme une obligation universelle fondée uniquement sur la propriété. Source : Assemblée plénière, 7 mai 2004, n° 02-10.450.
Cette règle ne donne pas pour autant carte blanche pour photographier et publier un domicile. L’accès aux lieux, les accords contractuels, la vie privée et les œuvres représentées restent à examiner. Pour un intérieur privé réalisé chez un client, convenir à l’avance de la prise de vues et des conditions de publication est une méthode professionnelle utile.
Une autorisation du client peut préciser les espaces montrés, les informations diffusées, les supports et les limites. Elle ne remplace pas les droits du photographe ou des autres auteurs. Si le client accepte la publication de trois vues anonymisées, ne pas en déduire une autorisation d’exposer les plans complets avec son nom et son adresse.
Personnes reconnaissables et vie privée : préparer la séance
Pour un portfolio commercial, vérifier l’autorisation des personnes identifiables dans les images. L’accord pour être photographié ne vaut pas automatiquement accord pour la diffusion. La fiche officielle sur le droit à l’image recommande un accord précis quant aux supports, à l’objectif et à la durée ; elle distingue aussi la protection de la vie privée. Source : Service Public, droit à l’image et respect de la vie privée.
Préparer les vues avec le client permet de retirer les éléments personnels inutiles : portraits, documents, informations familiales ou détails permettant de localiser un logement. Vérifier également les reflets et arrière-plans. Un cadrage serré peut montrer utilement une réalisation tout en évitant une information étrangère à votre compétence.
Ne pas publier des plans révélant les dispositifs de sécurité ou l’organisation privée d’un domicile par simple automatisme. La référence peut décrire les contraintes et les solutions sans rendre public tout le dossier de conception.
L’exception de panorama ne couvre pas un portfolio commercial par habitude
L.122-5 prévoit une exception pour certaines reproductions d’œuvres architecturales et sculptures placées en permanence sur la voie publique, réalisées par des personnes physiques, à l’exclusion d’un usage commercial. Une communication promotionnelle de studio ou une photographie d’intérieur ne doit pas être placée automatiquement sous cette exception. Source : article L.122-5, 11°.
Si une utilisation doit reposer sur une autre exception, faire vérifier ses conditions concrètes. Le fait que l’œuvre soit déjà visible en ligne n’établit pas une exception et le fait que la publication ne soit pas payante n’exclut pas son caractère promotionnel.
Une fiche de référence à conserver avec chaque projet
- Mission réelle : client direct ou agence, contrat, phase, livrables et dates.
- Contributions : votre rôle et ceux des autres concepteurs, sans s’attribuer les prestations des entreprises.
- Documents publiables : images, plans ou rendus sélectionnés et versions correspondantes.
- Droits et accords : titulaires concernés, autorisations, supports, durée, crédits et limites.
- Vie privée : personnes identifiables, anonymisation et informations à retirer.
- Légende approuvée : formulation retenue et trace des validations nécessaires.
La fiche peut rester courte. Elle évite qu’une image correctement autorisée sur un support soit réutilisée plusieurs années après sans savoir à quelles conditions. Elle permet aussi de répondre à un partenaire qui demande une correction d’attribution.
Si une image ou une légende est contestée
Conserver la demande, les fichiers et les accords disponibles. Identifier le point précis : paternité du projet, droit de publication, crédit, vie privée ou simple erreur de description. Corriger une attribution manifestement inexacte et suspendre l’usage contesté lorsque nécessaire à l’examen, sans effacer les preuves du dossier.
En présence d’une réclamation susceptible d’engager votre responsabilité, vérifier aussi les obligations de déclaration prévues par votre assurance. Une RC professionnelle ne couvre pas automatiquement tous les litiges de propriété intellectuelle ; les garanties et exclusions doivent être lues. MENELAS peut examiner les garanties recherchées à partir de vos pratiques de publication et de vos contrats, sans promettre une prise en charge.







